Parsifal à la Staatsoper de Berlin : le temps de l'innocence (et de l'ennui)

Xl_parsifal-berlin-2017a © Ruth Walz / staatsoper-berlin.de

Un Parsifal sans croix ni Christ : c'est le pari que tente (et rate malheureusement) le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov.


Parsifal - Staatsoper Berlin


Parsifal - Staatsoper Berlin

L'occasion était prestigieuse. Reprise de 2015, ce Parsifal faisait l'ouverture des FestTage emmenés par Daniel Barenboim, le directeur musical du Staatsoper de Berlin. Les places étaient chères (de 110 à 260 euros !) et la mise en scène délibérément pauvre et terre-à-terre du trublion russe offrait un joli pied de nez à l'opulence dans la salle. Dans sa mise en scène, Tcherniakov tente même un retour aux sources du christianisme, avec cette bande de chevaliers du Graal, pareils à une secte ou de prisonniers tout droit sortis de De la maison des morts de Dostoïevski.  Il n'y aura ainsi pas de grandes cérémonies religieuses, ni de tableaux vivants héroïques, mais le décor d'une cave un peu glauque, qui crée de saisissantes images prosaïques. Ainsi de l'apparition de Parsifal (Andreas Schager) en randonneur « backpacker », ou affublé d'un marcel multicolore, ou encore d'un Klingsor (Tomás Tomasson) dont les tours de magie se résument à tourner avec une chaise pivotante. La dimension subversive est également bien présente, avec un Gurnemanz (René Pape) passant des diapositives de la création de Bayreuth en 1882, ou du Graal qui se trouve être une blessure purulente située sur la hanche d'Amfortas (Lauri Vasar).

On le voit, Tcherniakov cherche l'humain en délestant le « festival scénique sacré » de Wagner de tout décorum religieux. Le résultat, aussi stimulant soit-il, déçoit sur la durée. Tcherniakov place l'acte 2 dans une sorte d'orphelinat tenu par un Klingsor priapique, mais ne fera rien de l'interminable duo Kundry / Parsifal. L'acte 3 atteint des sommets d'aridité, avec une direction d'acteurs soudain amorphe, traquant l'anecdotique jusqu'à aller contre l'œuvre lors de l'Enchantement du Vendredi saint, et ce n'est pas l'impressionnante réinterprétation de la scène finale (Kundry embrasse Amfortas, mais est tuée par Gurnemanz), qui sauve un spectacle finalement assez paresseux.

Musicalement, ce Parsifal présentait en revanche de belles sources de réjouissances. La direction musicale de Barenboïm relève tout d'abord de la quadrature du cercle. Dès le Prélude, l'épaisseur des cordes de la Staatskapelle de Berlin subjugue. Tout en détaillant (on entend ainsi des échos du prélude de L'Or du Rhin), le chef berlinois laisse couler le flux wagnérien avec une lumière naturelle. Voilà un Wagner chaleureux, qui certes gomme les contrastes d'une partition, mais parvient à un effet d'hypnose sensuelle, soutenu par une qualité instrumentale superlative. Dans le rôle-titre, Andreas Schager témoigne d'une voix saine et d'une belle incarnation du personnage, mais ne peut masquer une émission trop en force. La Kundry d'Anna Larsson déçoit par une couleur et une caractérisation atones. Tomás Tomasson réussit un impayable numéro en Klingsor, Lauri Vasar séduit également en Amfortas par son engagement, mais c'est surtout le Gurnemanz de René Pape qui éblouit. Puissance, musicalité, chaleur et sens du mot, la basse allemande déploie ici une véritable leçon de chant. La nudité de la mise en scène de Tcherniakov place le chant au premier plan, et lorsque des chanteurs du calibre de Pape s'emparent du texte de Wagner, la magie, intermittente certes, opère.

Laurent Vilarem
(9 avril 2017)

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