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Une hirondelle fait le printemps à la Scala

Milano
Teatro alla Scala
04/04/2024 -  et 7*, 9, 12, 14, 20 avril 2024
Giacomo Puccini : La rondine
Mariangela Sicilia (Magda), Rosalia Cid (Lisette), Matteo Lippi (Ruggero), Giovanni Sala (Prunier), Pietro Spagnoli (Rambaldo), William Allione (Périchaud), Pierluigi D’Aloia (Gobin), Wonjun Jo (Crébillon), Aleksandrina Mihaylova (Yvette), Martina Russomanno (Bianca), Andrea Nino (Suzy), Renis Hyka (Adolfo), Cristina Injeong Hwang (Georgette), Serena Pasquini (Gabriella), Silvia Spruzzola (Lolette), Luca di Gioia (Un giovine), Giordano Rossini (Rabonnier), Andrea Semeraro (Uno studente), Michele Mauro (Voce di tenore, fuori scena), Giuseppe Capoferri (Un maggiordomo), Sarah Park, Alessandra Fratelli, Vittoria Vimercati (Tre ragazze)
Coro del Teatro alla Scala, Alberto Malazzi (préparation), Orchestra del Teatro alla Scala, Riccardo Chailly (direction musicale)
Irina Brook (mise en scène), Patrick Kinmonth (décors, costumes), Marco Filibeck (lumières), Paul Pui Wo Lee (chorégraphie)


(© Brescia e Amisano/Teatro alla Scala)


Poursuivant son cycle Puccini, Riccardo Chailly, directeur musical de la Scala, vient d’offrir une splendide exécution de La rondine. L’ouvrage est une rareté, même en Italie. A Milan, il n’a ainsi eu droit jusqu’ici qu’à deux productions, en 1940 et en 1994. Pour cette troisième série de représentations, Riccardo Chailly propose une interprétation particulièrement raffinée de la partition de Puccini, peut‑être la plus sophistiquée de l’ensemble de la production du compositeur, une partition qui se caractérise par de nombreux passages de valse, de fox‑trot, de tango et de polka, ce qui a fait dire au maestro que La rondine est le Chevalier à la rose italien. Ciselant la partition en orfèvre, Riccardo Chailly met particulièrement en évidence les passages légers et pétillants, sans oublier cependant les nombreuses pages tour à tour langoureuses, ironiques et mélancoliques, dans une profusion de détails et de couleurs. Après une exécution aussi somptueuse, on en vient à regretter que l’ouvrage ne soit pas plus souvent à l’affiche des théâtres lyriques.


Le livret de La rondine (L’Hirondelle en français) présente de nombreuses similitudes avec celui de La Traviata : les deux histoires se déroulent à Paris. Dans l’ouvrage de Puccini, Magda, l’héroïne, est une courtisane entretenue par le riche Rambaldo ; elle tombe follement amoureuse d’un jeune homme de bonne famille, Ruggero. Sur le point de quitter son protecteur pour les bras de son amoureux, elle se ravise au dernier moment, sous la pression certes des conventions sociales de l’époque, mais mue surtout par son désir ardent de liberté et par sa volonté d’être maîtresse de son destin. On comprend mieux ainsi le titre de l’opéra. L’hirondelle en effet est un oiseau réputé pour la rapidité de son vol, qu’il n’est guère possible d’apprivoiser pour le mettre en cage. Quoi qu’il en soit, La rondine contient un air extrêmement connu, « Il bel sogno di Doretta », que les chanteurs mettent régulièrement à leur programme.


A Milan, mis à part le vétéran Pietro Spagnoli dans le rôle de Rambaldo, le plateau vocal est composé de très jeunes chanteurs, inconnus pour la plupart. Il y a fort à parier cependant que leur remarquable prestation les mènera loin. Quoi de plus exaltant pour le spectateur que de se dire qu’il vient peut‑être d’assister à l’envol d’une belle carrière ? Dans le rôle de Magda, Mariangela Sicilia a dans tous les cas démontré avec brio qu’elle a l’étoffe d’une grande, avec une belle voix agile et lumineuse, homogène et extrêmement bien contrôlée sur toute la tessiture, capable aussi bien d’élans lyriques et langoureux que de superbes pianissimi évanescents. Malgré une incarnation scénique un peu pataude de son personnage, Matteo Lippi est un Ruggero absolument convaincant sur le plan vocal, avec un chant extrêmement nuancé, un timbre bien projeté et des aigus rayonnants. Lisette malicieuse et désinvolte, Rosalia Cid séduit notamment par l’agilité de ses aigus. Malgré une projection limitée, peu adaptée à l’immense salle de la Scala, Giovanni Sala impressionne par son aplomb en Prunier. Pietro Spagnoli campe, pour sa part, un Rambaldo noble et flegmatique. Le chœur offre lui aussi une splendide prestation de musicalité, d’homogénéité et de puissance.


Pour la mise en scène, Irina Brook s’est inspirée des comédies musicales de l’âge d’or d’Hollywood et a transposé l’action dans un pavillon d’été élégant au bord d’une plage. Au premier acte, le pavillon est meublé de tables de maquillage avec de grands miroirs, de porte‑habits avec des costumes bariolés et d’un piano. Nous sommes donc dans les coulisses d’un théâtre, où une femme, sorte d’alter ego d’Irina Brook, donne des instructions à tous les personnages sur la façon de se déplacer, de bouger et d’occuper l’espace, avec des gestes exagérés. Elle n’a de cesse de tournoyer sur le plateau en prenant quantité de notes. Au troisième acte, elle ira même jusqu’à consoler Magda et à s’émouvoir à la lecture de la lettre dans laquelle l’héroïne annonce son départ à son amoureux. A la fin du spectacle, Magda quitte le plateau en passant par une porte au‑dessus de laquelle est affichée l’inscription « Exit ». Théâtre dans le théâtre donc, dans un mode léger et insouciant, avec des chorégraphies particulièrement rythmées, de splendides costumes, dont des chapeaux aux couleurs vives, et même une cohorte de boys fringants. Une production enthousiasmante à tous points de vue.



Claudio Poloni

 

 

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